• Travail de janvier à juillet en Gironde + lancement de l'Expérience de Willgram
  • Voyage avec Sarah à Hendaye, passage en Espagne et session tatouage
  • Départ sur le GR10 en projet 3 mois et rencontre avec un ours
  • Voyage avec Sarah à Londres pour concert Joe Hisaishi
  • Retour en Gironde pour travail et début d'enseignement à Bordeaux
  • Voyage à Paris pour revoir les amis puis Dunkerque chez Sarah

Gironde 6 mois

Après la désolation, la renaissance. Il s'agit cette année de remonter la pente et me réconcilier avec les épreuves des trois dernières années. Apprendre à vivre sans l'amour que l'on a dans les tripes, retrouver l'énergie vitale source de toute création. Ne pas accepter l'inconcevable mais s'efforcer d'avancer, se réinventer différemment jusqu'à une lumière nouvelle. Renaître des cendres jadis brûlantes et intenses, se reposer. Puis retrouver le feu, pour de bon.


Hendaye

7 jours avec Sarah à Hendaye pour profiter de la plage, des churros, se tatouer, faire des ongles et mater SPN ensembles <3


GR10 - L'Ours

Vers le mois de juillet, à quasiment 1 an du décès de Baghi, j'ai eu le besoin de me retrouver à nouveau seule en pleine nature. J'ai donc eu le projet de faire la traversée entière du GR10 soit un périple de 3 mois en moyenne, des Pyrénées occidentales aux Pyrénées orientales. Mon voyage commence en pleine canicule ayant asséché les cours d'eau, le réapprovisionnement est donc très compliqué dès le 3ème jour. C'est ainsi que je rencontre un ours lorsque la nuit tombe près de cette source qui prolonge un lac, sans réseau, seule dans ma tente. J'ai raconté cette histoire abracadabrantesque sur mes réseaux que je vous copie ci-dessous ! 

Tu connais la phrase type " au plus t'as peur d'un truc, au plus ça t'arrive " ? 

Bah laisse moi te raconter mon histoire avec un ours, tu vas rigoler deux minutes ~

 

Je préparai le GR10 complet sur internet avant de partir, j'avais déjà fait le tronçon 4 entier avec mes potes en 2018 mais je voulais vérifier un petit truc en augmentation depuis 10 ans dans les Pyrénées... bears 🐻 ! 2020 année record : 16 naissances, 64 ours au total

 

J'suis pas fan des rencontres impromptues avec des animaux sauvages en haute-montagne depuis que j'ai été chargée par une vache qui voulait protéger ses petits que j'avais pas vu et qui a failli me renverser au-dessus des Gorges du Tavignano ( j'ai sauté pour l'éviter et me suis écrasée comme un crabe contre la paroi ascendante de la montagne dans les fourrées puis fini en hors-piste spéciale ronces pour contourner la belle famille au milieu du seul chemin ) ou bien encore la fois où un imposant moufflon corse m'a pris en grippe parce que je l'ai fixé dans les yeux, m'obligeant à m'enfermer avec ma pote entre les 4 planches de la douche extérieure d'un refuge ( un grand moment ) 

 

Pourtant j'adore les animaux, si bien que je les mange pas, mais je sais pas y'a une atmosphère un peu tête de turc dans mon cas ✌🏽

Revenons donc à l'ours : " Mais la chaine de montagne est grande, ça vaaaaa, la proba est infime, puis ils attaquent pas les humains etc " me disais-je 

Et là je tombe dans mes recherches Google sur le témoignage horrible de ce mec réveillé dans sa tente en pleine nuit par un ours qui le renifle parce qu'il avait sa bouffe sous l'oreiller : happy spoil, le mec fait le mort sous sa tente en priant tous les saints du monde, l'ours repart. ( crappy spoil : peur de sa vie, le randonneur confesse que son duvet manque de peu d'être baptisé/souillé )

 

La façon dont il raconte le grognement, l'angoisse et la position vulnérable qu'il avait = nouvelle peur créée, j'en parle à mes potes avant de partir en disant que le seul truc qui me ferait baliser ce serait de croiser un ours dans mon sommeil, allongée au sol sans défense 

Ça y est là vous le voyez venir normalement.

 

*pause dramatique*

 

Et bah, et bah... ET BAH ÇA SENT LE BINGO MES AMIS ! 

 

Je fais la maline en écrivant un post là sur mon tel, parce que douze heures et plusieurs kilomètres me séparent maintenant de cette histoire mais à 2h du mat encore je tenais mon couteau dans la main pour dormir donc niveau sérenité du bivouac on met 5* sur badtripvisor ok ?

Il était 21h près d'un lac, j'étais sous la tente pour me préparer à dormir car réveil à 04h30 le lendemain à la frontale pour éviter la canicule sur les sentiers. J'ai passé la nuit précédente et la journée entière sur le même spot pour me reposer ( je suis partie sur le GR en étant malade, je voulais pas attendre ), laver mon linge et mon corps de randonneuse esseulée au passage. Toute la journée plein de bêtes s'invitent sur mon campement parce que le soleil met à l'amende toute la montagne : vaches, chevaux etc 

Ma tente est collée au chemin de pierre qui mène à la petite source d'eau, seul endroit plat dispo. Quelques randonneurs passent mais le soir je sais que ce spot est désert, c'est en dehors du GR10 et il n'y a aucun réseau, je suis la seule à bivouacer dans ce coin. 

La nuit arrive donc doucement lorsque j'entend à 20-30 mètres de moi une sorte de meuglement un peu rouillé. Et surtout isolé. 

Je me dis que c'est une vache un peu vieille qui a du se poser par là, j'en entend d'autres qui meuglent plus loin à une centaine de mètres avec leurs cloches.

 

Celle-ci n'en a pas.

Je notifie mais ne percute pas. 

Je repositionne sereine ma tête sur mon matelas gonflable. 

 

Le meuglement foireux recommence, plus répété et plus près mais toujours assez loin de moi alors je tend l'oreille mais sans plus. 10 minutes s'écoulent pendant que le bruit continue en réduisant la distance et s'amplifiant. Et là je m'interroge. 

Ça meugle pas... ça grogne.

Il y a un truc sourd et très grave à la fin du cri, avec un grand souffle. Je rapproche le côté " isolé " et " sans clôche " dans ma tête mais m'auto- rassures direct : " hey va y, c'est juste parce que c'est ta plus grande peur que tu balises pour rien là, en plus t'es qu'aux premières étapes du GR, les ours sont au centre ou en Ariège mais pas aussi proche de la côte, c'est nimp alors rendors toi

 

Il est maintenant 21h30 environ quand d'un coup le grognement confirme sa signature en haut du petit sentier qui mène à ma tente et là mon esprit bafouille en gigahertz. " Mais non mais putin mais pas du tout c'est impossible, mais c'est un film, comme de par hasard, mais dites moi que c'est pas vrai, je fais un cauchemar en fait c'est tout, c'est sûr c'est pas ÇA ! Putinnnnnn tu te fous de ma gueule arrêteeeeees

 

Ensuite tout est trop rapide pour mon cerveau d'humain terrorisé au sol et protégé d'une tente aussi épaisse qu'une feuille de PQ. Les grognements se saccadent, se rapprochent, le truc est sur le sentier mais j'entends avec horreur le silence de ses pas : aucun bruits de sabots, rien, seulement le bruit des pierres écrasées qui roulent. Trop tard pour comprendre que c'est " définitivement pas une vache. "

 

Le bordel s'est avancé depuis la hauteur du sentier jusqu'à 20cm de ma tente en quelques secondes :

j'ai rien compris, juste eu le temps d'entendre mon cœur qui dévale toutes les marches et retenir ma respiration. 

 

Maintenant 2 choses que j'ignorais avant cette nuit : 

  • Le bruit d'un ours, une fois tout près de toi, c'est un truc humainement compliqué à décrire quand c'est la première fois tellement c'est puissant. Je vais tenter : imagine 20 violoncelles et orgues qui jouent leur note la plus grave en même temps, rajoute y l'écho souterrain d'une grotte et amplifie le tout avec mille téléphones qui vibrent à la même seconde et qui rouleraient au fond d'un caniveau. En gros. T'as le cerveau qui tape, tu sais plus si c'est la peur qui cogne aux tempes ou le vacarme incompréhensible qui émane du système respiratoire de cet animal. 

J'ai toujours pensé que voir ce qui t'effraie était le pire : je remplace clairement le podium par l'audition. Entendre et surtout, ressentir la présence. 

La respiration grognée mêlée aux balancements du bruit t'indique une démarche ultra lourde, pataude, imposante, impressionnante. Et sentir cette énorme ombre fulminante qui se dessine sur ta tente... tu te sens comme un ver. 

Un petit humain de rien du tout avec un petit opinel de poche. 

C'est indescriptible, même si je m'y essaie.

  • La seconde chose jamais encore vécue : cette distorsion de la pensée où ton instinct de survie te commande à la fois de ne surtout pas bouger et, en même temps, de faire à tout prix quelque chose pour te sortir de là. Le bambi en plein phares. Ton corps tremble à la fois pour contenir les spasmes nerveux qui veulent te faire agir et à la fois ceux qui veulent t'immobiliser comme une momie dans ton duvet sarcophage.

 

Dans sa descente chaloupée et épaisse du chemin, l'ours s'arrête donc contre ma tente en grognant/reniflant plus fort, il se stoppe, moi aussi. 

Infimes secondes suspendues, irréellement angoissantes. 

Je ne sais pas ce qu'il va faire, je sais pas à quoi il pense.

Avec le recul je me dis " On connait vraiment pas assez cet animal bordel ! Mais que fait l'éducation nationale ?! " 

Tu sais plus si tu dois rapprocher son comportement à celui d'un très gros chien enragé ou d'un taureau. Tu sais seulement que cette énorme masse rugissante cherche avant tout de l'eau, des baies et des petits animaux à becter mais le signal est plus fort que tout pour ton cortex d'hominidé primitif à l'entente de ce bruit limpide bien que nouveau : D-A-N-G-E-R.

 

La raison n'opère plus, un truc plus profond prend le relais.

Alerte générale, red flag dans toutes les cellules. 

 

Puis mon instinct ne tient plus, le grognement ne cesse toujours pas et moi je suis allongée là, le visage vers le ciel toujours dans ma position de sommeil, offerte sur un plateau : si un coup de patte curieux ou agressif à la recherche de nourriture passe au travers de la tente, c'est ma tête la première qui décolle. Alors sans parler ni crier, je me rabroue brusquement d'un coup et me retourne le plus vite possible à quatres pattes sur mon matelas pour enfouir ma tête entre mes bras et protéger mes organes vitaux au cas où. Faut imaginer un mouvement de grosse vicos très maladroit et mal maitrisé sur un matelas qui couine. Quand j'ai bougé : énorme grognement/crachement, du mouvement brusque à côté de moi et la grosse ombre s'est décalée brutalement à quelques mètres pour continuer sur le sentier. 

Je le décris comme si ça durait plusieurs minutes mais faut réduire le tout de la rencontre à 60sec. Interminable. 

 

Je l'entends être au petit cours d'eau à 5m de ma tente, toujours pas de bruits de pas sur les pierres, seulement de grands " PLAK PLAK " dans l'eau comme quelqu'un qui jouerait avec des palmes. Toujours des grognements mais qui se réduisent à vue d'oreilles. 

Je suis pétrifiée mais j'ai besoin de savoir s'il est toujours là, c'est plus fort que moi. Impossible de trouver le courage ( ou la folie, ou la connerie, vous choisirez ) de passer ma tête par l'ouverture zippée de la tente alors j'entrouvre silencieusement sur seulement 10cm et je passe mon téléphone en mode selfie/vidéo braqué vers le point d'eau pour me faire un miroir. Il ne fait pas encore nuit donc on peut voir. 

Et précisément, je vois rien. 

J'entends plus rien non plus.

 

5min se passe, je suis toujours tétanisée sous ma tente, le couteau en plus dans ma main cette fois.

À noter qu'au moment critique tous mes automatismes de scout junior ont disparus : pas le courage ni le temps de prendre mon couteau situé à côté de l'oreiller de peur de faire grincer le pneumatique et le téléphone sans réseau ne représente pour ton cerveau reptilien menacé pas plus qu'un carré noir aux 4 bouts tout lisse. Pas même assez lourd pour être un projectile. Si c'était à revivre, sachant y survivre, j'aurai tout filmé direct et même tenté le selfie. ( la meuf reprend la confiance en 7 nanosecondes )

 

C'est alors que je sais pas pourquoi, mais dans une pulsion chelou j'ai besoin de sortir de ma tente, de m'assurer que je suis seule et surtout, d'être debout. Être forcée de garder cette position allongée et impuissante m'a remué, j'ai besoin de me sentir prendre un peu la situation en main pour retrouver mon sang-froid, même par illusion. À commencer par très vite sortir ma nourriture et asperger de produit anti-moustiques toxique toute ma toile de tente pour tenter de l'en dégouter si il revenait. D'habitude, sortir la bouffe du bivouac est un réflexe mais à cet endroit des Pyrénées je n'aurai jamais imaginé rencontrer cet animal. Je sors ma tête puis le reste du corps à quatre pattes avec ma lampe frontale vissée sur le crâne et premier truc, je cherche au sol des empreintes, comme pour m'aider à intégrer le délire.

Rien, évidemment : je suis entourée de pierres.

 

Je prends ma pochette de vivres que je met dans un sac et pars l'accrocher en hauteur à une branche, à une dizaine de mètres seulement. J'aimerai le poser plus loin mais si entre temps l'ours revient au niveau de la tente je fais quoi, je vais où ? Pas moyen de le contourner.

Je reviens ensuite silencieusement vers ma tente quand là, nouveau grognement. Tout proche, à 10m dans la direction opposée. Cauchemar, le bazar est vraiment discret, il avait pas bougé depuis tout à l'heure ! Je cours me glisser dans ma tente comme un carambar dans son papier, je rentre mes jambes à l'arrache et fait volte-face pour fermer la tente : les grondements reprennent, se rapprochent à nouveau et moi... je galère à fermer cette putin de fermeture éclair. Je tremble, m'insulte de mon audace et tire comme une désespérée sur la zipette jusqu'à ce que j'y parvienne puis m'immobilise le souffle court. Les bruits s'éloignent à nouveau et cette fois, à une trentaine de mètres, les grognements se transforment en sorte d'appel, des grognements moins graves et très répétés... jusqu'à plus rien. 

C'est dans les derniers grognements les plus éloignés que j'ai enfin eu l'idée d'ouvrir le microphone du tel pour essayer d'enregistrer, j'obtiendrai que 2 microsecondes parce que mes doigts glacés/perturbés sont pas resté appuyés.  J'aimerai texto des potes pour dire ma situation mais je ne peux contacter personne, le tel capte pas. Je peux pas non plus plier bagage au risque de le recroiser à tout moment. 

 

Je resterai donc la nuit avec mon couteau tout proche et, à 5h du matin je lève le camp comme prévu. Je veux pas rester dans son secteur plus longtemps et je veux vraiment pas me taper la canicule de plomb déjà subie la veille. Je progresse avec ma lampe frontale dans la nuit et rapidement deux sentiers s'ouvrent devant moi : l'un est très pentu et part dans les hauteurs du GR10 ( celui emprunté pour descendre ici ) et l'autre plus cool est à l'ombre des arbres, à travers la forêt. Je sais que les ours sont plutôt dans les forêts mais j'hésite parce que je suis éclatée...  

 

Puis j'hésite plus. 

Parce que ce que je cherchais hier sur les pierres était enfin là, dans la terre boueuse, face à mon pied. 

Son empreinte de beau gosse palmé. 

 

⛰️🌌

 

Morale de l'histoire : ne craignez pas trop quelque chose, à trop y penser la Vie et son humour vous entendent.

Après cette rencontre folle, je poursuis vers le passage espagnol mon voyage et là, au 4ème jour, je me sens très mal : non pas physiquement car le GR10 est bien plus facile que mes précédents trekks, mais psychologiquement. Tous les souvenirs les plus douloureux avec Baghi ne cessent de remonter, ma psyché ne supporte pas de se retrouver en pleine nature seule, sans elle. Je n'avais plus réessayer depuis sa disparition d'apprécier à nouveau la contemplation des paysages naturels qui auparavant ont toujours été mon refuge...mais lors de ce voyage, ils se sont transformés en supplice. De ne pas la voir en profiter, de ne pas comprendre pourquoi elle n'est plus là à mes côtés. Je vivais très mal cette aventure, j'ai donc décidé de renoncer à ce projet qui me blessait au lieu de me faire du bien : j'ai fait du stop depuis le col espagnol jusqu'à Hendaye pour prendre un TGV et reprendre mon van. J'ai appris durant cette expérience que l'esprit peut parfois se montrer plus vulnérable qu'on ne l'aurait anticipé et qu'il faut l'accepter.


Londres

Fast trip avec Sarah à Londres pour le concert de Joe Hisaishi malheureusement annulé à cause du Covid

mais nous avons trouvé d'autres façons de profiter <3


Paris & Dunkerque

Avant de repartir en Espagne pour y passer l'hiver, je suis montée à Paris voir mes amis d'enfance puis Dunkerque pour voir Sarah <3 

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par S Λ N V W Λ H (@sanuwah)


La lecture sur ordinateur

est recommandée sur ce site 

 Tous droits réservés ©

Instagram @sanuwah

Instagram Art @sanuwart